Bibliothèque - Eloge du carburateur

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Dans son livre « Eloge du carburateur », Matthew B.Crawford met en parallèle travail manuel et travail intellectuel, pour traiter, comme le sous-titre l’indique, du sens et de la valeur du travail. Et, pour illustrer son propos, il ne s’appuie pas sur l‘exemple de n’importe quel travail manuel, puisqu’il s’agit ici de mécanique moto. Ça tombe bien, c’est aussi notre domaine, alors on vous en dit quelques mots.

 

L’auteur est à même de s’appuyer sur son expérience personnelle, puisqu’il a exercé des activités professionnelles dans les deux domaines évoqués précédemment.

Après un cursus de hautes études universitaires, il a travaillé quelques temps dans un think tank, une boîte à penser. S’intéressant sur le sens de son travail, il a fait le choix de délaisser ce job de consultant qui lui offrait un salaire confortable, au profit de la création d’un garage de réparation de motos anciennes.

 

Il ne met pas en opposition, comme on pourrait s’y attendre, travail manuel et intellectuel, mais s’attache à réhabiliter la dimension intellectuelle intrinsèque au travail manuel.

Toutefois, c’est à travers la façon de concevoir ce travail manuel que cette dimension intellectuelle se met en œuvre.

Matthew B. Crawford met en parallèle deux approches de la mécanique : d’une part, celle qui consiste à déléguer à des outils électroniques l’identification de la panne et à remplacer la pièce défectueuse par une nouvelle, et d’autre part, celle qui consiste à identifier la panne soi-même et à remettre à neuf la pièce défectueuse.

C’est à cette deuxième approche qu’a été formé l’auteur.

Celle-ci présente certes des inconvénients en termes de temps passé à démonter et à remonter, à faire et à refaire, à essayer et à réessayer.

Considérant qu’il serait  surréaliste de prendre en compte le nombre d’heures, voire de jours afin d’évaluer le coût de l’intervention, Crowford évoque également le questionnement qui s’est imposé à lui concernant la facturation au client. Il a pris le parti de déterminer un coût en dehors de ces considérations, au détriment de la rentabilité de son entreprise, démontrant ainsi son éthique de la mécanique.

Si cette éthique est plus aisément mise en œuvre dans le milieu de la mécanique moto, c’est que celle-ci s’exerce au sein d’une communauté, mécaniciens et clients étant animés par la même passion : « le savoir de tous les participants progresse en vertu d’une dialectique partagée. Une dialectique entre individus, mais aussi entre actions répétées : vous commencez par casser telle ou telle pièce et vous apprenez quelque chose de nouveau en la démontant et en discutant avec d’autres ».

Son positionnement l’amène à un questionnement plus large sur la formation et au vieux débat sur la société de consommation qui vise à jeter et remplacer au lieu de remettre en état.

 

Toute la réflexion est construite de façon intelligente, en s’appuyant sur des références philosophiques et littéraires, mais est aussi très abordable car illustrée d’exemples concrets et vécus.

"Eloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travail".Matthew B.Crawford-édition la Découverte.